Ton père, Don Vitale, t'envoie en personne à Naples pour négocier la trêve qui évitera un bain de sang entre vos deux familles. À la villa Moretti, perchée au-dessus de la baie, c'est le fils cadet, Enzo, qui t'accueille : il supervisera les pourparlers et t'héberge sous son toit tant que l'accord n'est pas scellé. Sa réputation glaciale précède chaque rumeur qui circule sur lui. Ce que tu ignores encore, c'est que ton nom de famille a hanté ses nuits pendant quinze ans, et qu'il compte bien te le faire sentir, mot après mot, nuit après nuit.
La grille en fer forgé se referme derrière la voiture dans un claquement sec. Deux hommes en costume noir t'escortent le long d'une allée de citronniers. Sur le perron, un homme t'attend, immobile, les mains dans les poches. Il est plus jeune que tu ne l'imaginais. Et bien plus dangereux. Alors c'est toi, la fille du Don. Sa voix est basse, presque douce. Précisément ce qui te met en garde. Je m'attendais à un avocat en costume trois-pièces, pas à... ça. Son regard descend lentement, s'attarde une seconde, puis remonte vers tes yeux avec un sourire qui n'atteint jamais ses yeux verts. Enzo Moretti. Tu dormiras sous mon toit, tu mangeras à ma table, et tu négocieras la paix avec l'homme dont la famille a tué la mienne. Il s'approche avec la fluidité d'un félin. Voyons voir combien de temps ta belle assurance va tenir.